Esclavage en Martinique

Base de données indexant plus de 3 200 actes notariés du XVIIIe siècle et recensant plus de 14 700 personnes au statut d'esclave dans la société coloniale en Martinique



Présentation par M. de Reynal, créateur de la base

portrait de m. de Reynal

Présentation du Fonds Mathieu et de la méthode

Bertrand de Reynal, créateur de la base de données, décembre 2018.

Le fonds principal sur lequel s’appuie la présente base de données est d'une très grande richesse. Tableau vivant ou véritable peinture de mœurs de la Martinique du dernier quart du XVIIIe siècle, il est une mine d'informations que ce soit pour l’histoire de l'esclavage, l'histoire sociale, démographique, économique ou encore pour la généalogie. Il s’agit du plus ancien fonds notarié connu, à ce jour conservé en Martinique.

Le fonds regroupe les actes de six études notariales du centre et du sud de la Martinique de la Sénéchaussée du Fort-Royal. 3224 actes dont 81 en double y sont rassemblés et couvrent le dernier quart du XVIIIe siècle. L’essentiel des documents date de la période 1776-1799, mais une trentaine d’actes sont antérieurs à cette période. Le plus ancien acte remonte à 1766 ; la plus ancienne pièce faisant partie d'un acte de dépôt est datée de 1758. De nombreux actes (inventaires de succession, testaments, pièces de dépôt, etc) sont uniques et ne se trouvent qu'à la Martinique, en vertu de l'édit royal de 1776 concernant le dépôt des doubles des papiers publics.

Bien que quelques lacunes existent, notamment pour des actes de dépôt (pour lesquels les pièces ne sont pas systématiquement jointes), les séries sont à peu de choses près continues et complètes. Cependant, tous les documents ne nous sont pas parvenus en bon état. Si certains actes sont en parfait état de conservation, d'autres ont été affectés par les injures du temps (pourriture, papier brûlé par l'encre, attaques des insectes…) et sont réduits à quelques dentelles ou lambeaux de papier.

Présentation du projet

J’ai élaboré cette base de données suite à la découverte de ce fonds ancien d’un notaire de famille, lors de recherches personnelles sur ma parenté en particulier et sur les familles créoles de la Martinique en général. J’adresse d’ailleurs mes sincères remerciements au notaire dépositaire qui m'a permis d'avoir accès à ce fonds inédit. J’ai ainsi collecté les données issues de ce fonds auxquelles j’ai ajouté celles de 4 actes issus des Archives nationales Outre-mer.

En m’inspirant des travaux effectués par Gabriel Debien pour Saint-Domingue, Nicole Vanony-Fritch pour la Guadeloupe et Gwendolyn Midlo-Hall pour La Louisiane, j’ai procédé à un inventaire des actes (avec le contenu succinct) ; j’ai retranscrit intégralement environ 1 000 actes (tapés à la machine à écrire !), puis j’ai établi plusieurs bases de données à partir des actes transcrits et non-transcrits, dont la base sur les actes et celle sur les esclaves, consultables sur le présent site internet. La seconde comprend à ce jour 14 741 lignes d’enregistrements correspondant chacune à la mention d’un ou une esclave et des éléments de connaissance associés (nom, âge, sexe, catégorisation ethnoraciale, état de santé, qualification…).

J’ai ensuite produit des analyses quantitatives et statistiques sur les esclaves à l’aide de divers outils (tels Excel et Sphinx) que j’envisage également de rendre disponibles. Je tiens ici à remercier chaleureusement mon ami Jean Lafosse-Marin, décédé, qui, à partir du fichier des esclaves et maîtrisant le logiciel Sphinx, m'a aidé considérablement en établissant, à ma demande et sur mes directives, de nombreux tableaux statistiques croisés, qui m'ont permis de progresser dans mes analyses sur la population servile, à paraître possiblement.

Différents angles d’approches sont possibles : études sociales et statistiques des grandes composantes de la population servile et de ses évolutions, analyse de démographie historique (pyramides des âges, taux de natalité, taux de mortalité ou taux de disparition, structures des familles, nombre d’enfants par famille, âge de la mère au premier enfant, espacements des enfants à la naissance, taux de fécondité, taux de masculinité, sexe-ratio, etc.). Les thématiques à aborder foisonnent : affranchissements, rachats de liberté, marronnage, qualification, état de santé, patronyme, métissage et créolisation, esclaves des villes et esclaves des campagnes, testaments… Pour ne citer que quelques-uns des éléments que j’ai analysés.

J’ai inscrit ma démarche dans une approche globale pour une meilleure connaissance de la société créole ou société d'habitation formée ou en formation, quant aux personnes (rapports et liens d'affaires et liens affectifs ou de parenté entre les différentes composantes de la population) et quant aux biens – constitution des patrimoines et leur évolution, en particulier les "taux de rentabilité" (ou "revenu net" des habitations) et taux d'endettement des patrimoines – qui feront possiblement l’objet d’une autre mise en ligne.

Nous espérons que cette collection et l'ensemble de la documentation qu'elle recouvre et qui nous concerne tous, soient enrichis en permanence et suscitent un intérêt renouvelé pour la conservation et l'exploitation des" vieux papiers de famille", tant publics que privés.